vendredi 16 mai 2014

La pièce de ma vie

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La pièce de ma vie



The Room of My Life
Ici,
dans la pièce de ma vie
les objets ne cessent de changer.
Les cendriers pour pleurer dedans,
le frère, en souffrance, des murs en bois,
les quarante-huit touches de la machine à écrire
chacune un globe oculaire qui n'est jamais fermé,
les livres, chacun candidat à un concours de beauté,
la chaise noire, un cercueil pour chien fait en skaï,
les prises sur le mur
qui attendent comme une grotte d'abeilles,
le tapis d'or
une conversation de talons et d'orteils,
la cheminée
un couteau qui attend quelqu'un pour le ramasser,
le canapé, épuisé par les efforts d'une putain,
le téléphone
deux fleurs qui prennent racine dans son entrejambe,
les portes
qui ouvrent et ferment comme des palourdes,
les lumières
qui me piquent,
éclairant à la fois le sol et le rire.
Les fenêtres,
les fenêtres affamées
qui entraînent les arbres comme des clous dans mon cœur.
Chaque jour, je nourris le monde au-dehors
bien que les oiseaux explosent
de droite à gauche.
Je nourris le monde ici aussi,
en offrant au bureau des biscuits pour chiot.
Cependant, rien n'est vraiment ce qu'il a l'air d'être.
Mes objets rêvent et portent de nouveaux costumes,
contraints, semble-il, par tous les mots dans mes mains
et la mer qui cogne dans ma gorge.
Here,
in the room of my life
the objects keep changing.
Ashtrays to cry into,
the suffering brother of the wood walls,
the forty-eight keys of the typewriter
each an eyeball that is never shut,
the books, each a contestant in a beauty contest,
the black chair, a dog coffin made of Naugahyde,
the sockets on the wall
waiting like a cave of bees,
the gold rug
a conversation of heels and toes,
the fireplace
a knife waiting for someone to pick it up,
the sofa, exhausted with the exertion of a whore,
the phone
two flowers taking root in its crotch,
the doors
opening and closing like sea clams,
the lights
poking at me,
lighting up both the soil and the laugh.
The windows,
the starving windows
that drive the trees like nails into my heart.
Each day I feed the world out there
although birds explode
right and left.
I feed the world in here too,
offering the desk puppy biscuits.
However, nothing is just what it seems to be.
My objects dream and wear new costumes,
compelled to, it seems, by all the words in my hands
and the sea that bangs in my throat.
Texte en anglais Anne Sexton. The Room of My Life, The Awful Rowing toward God, 1975.
Traduction en français Michel Corne. La pièce de ma vie, 5/2014.

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